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CUBA . Les tribunes de la liberté et du savoir
Posté le 04 décembre 2002 à 15:48:35 CET par bfavre

Destinations bambi a écrit : "Le poète cubain José Marti, mort en 1895 durant la Seconde Guerre pour l’Indépendance, affirmait que les fameux lecteurs des salles où travaillent les "torcedores", ces fameux magiciens et magiennes de Havanes, furent les premières tribunes de la liberté de la Reine des Antilles. Longtemps leur présence dans les manufactures cubaines fut exigée par les "torcedores". Bien que souvent peu ou mal rémunérés, ces artisans de la fabrication et ces artistes de la réalisation des meilleurs Havanes, payaient les lecteurs de leurs deniers. De nos jours, ils sont engagés par l’entreprise elle-même.

Comme dans la plupart des grands ateliers du monde, les manufactures de tabac et de cigares sont aujourd’hui musicalisés ou sonorisées. Les travailleurs cubains, eux veulent vivre avec leur temps, apprendre pour savoir et mieux aimer. "Fais ce que tu fais" est une devise admirable qui veut que l’on se concentre sur une seule action à la fois. Toutefois lorsque le travail est une répétition permanente de gestes précis, certes, mais sans cesse renouvelés, l’esprit peut se nourrir d’une instruction auditive. L’île de Cuba appartint longtemps à l’Espagne. La répression espagnole était impitoyable. L’occupation anglaise n’arrangea rien. Elle fut plutôt dévastatrice. L’occupation américaine de 1933 puis le régime totalitaire de Fulgencio Batista y Zaldivar n’y changèrent rien pour la population et la classe ouvrière. Le fait est que les prisons cubaines étaient très peuplées. La fabrication des cigares commença donc avec cette main d’œuvre peu onéreuse. Elle nécessitait cependant une surveillance permanente. C’est ainsi que naquit le rôle de lecteur. L’accueil qu’il reçut fut à ce point enthousiaste que l’expérience fut poursuivie. La direction ayant refusé de prendre à sa charge la permanence du lecteur dans ses locaux, les " torcedores " se cotisèrent pour obtenir son maintien. Et c’est ainsi que naquit l’école de l’actualité puis celle du savoir, enfin celle de la littérature du monde. Le lecteur décida lui de consacrer le matin à la lecture du journal et l’après-midi à des auteurs tels qu’Alexandre Dumas, Charles Dickens, Emile Zola, Ernest Hemingway, Fédor Dostoievsky ou encore Honoré de Balzac.

Le premier lecteur se nommait Antonio Leal. Il opéra dès 1864 et connut de très nombreux successeurs dans toutes les entreprises de la branche. La profession s’est peu à peu institutionalisée et le lecteur s’est transformé en professeur. Sa hantise : perdre l’écoute de son auditoire. Il faut savoir adopter un ton qui suscite l’écoute et passionne l’auditeur sans le troubler dans sa besogne. C’est un art qui équivaut largement à celui d’acteur de théâtre.Les meilleurs y font carrière et ont largement contribué à combattre l’illétrisme. Dans une ambiance libérée, les "torcerodes", qui, à Cuba, bénéficient d’une liberté de fumer quasi totale, se mirent à tourner les cigares destinés à leur propre consommation. Cette production personnelle se nomme la fuma. On raconte à La Havane que les fameux Especiales Montecristo, ce cigare qu’appréciait tellement le Leader maximo seraient une fuma qui aurait acquis ses lettres de noblesse. Dans un pays qui se voulait un modèle communiste, il fallait le faire. "

 
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