Reporters sans frontières:"N'attendez pas qu'on vous prive de l'information pour la défendre"
"Le voyage est un travail et, sans doute aussi, un art. Il n'autorise pas le laisser-aller, mais requiert le meilleur de notre acuité."
Extrait: "Du volcan au chaos, Journal sicilien" d'Edith de la Héronnière, aux éditions Pygmalion:
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OSLO entre mer et campagne: escapade norvégienne.
Posté le 10 août 2002 à 15:48:35 CEST par bfavre |
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bambi a écrit : " La modernité de l’aéroport coule dans une toile pastorale comme une rivière chemine dans la campagne. Administration, commerces et
douanes s’organisent dans la lumière et le calme. Le voyage s’accomplit dans une sérénité naturelle. Une liaison ferroviaire relie l’aéroport au centre d’Oslo en quelque 22 minutes. Par la route, durant 45 km on découvre un paysage verdoyant meublé de fermes et demeures d’un rouge vif, parfois d’un bleu royal ou d’un jaune soleil. On baigne dans une ambiance paisible plus qu’on ne roule vers la capitale.
La ville s’étale
comme le jardin potager que vous ferait découvrir une fermière ravie. De fait, cette ville est un domaine de 450 km2 dont le cinquième
seulement est bâti. Paris, pour ne donner qu’une comparaison, s’étire sur une superficie cinq fois moindre. Le visiteur s’y sent tout de suite à
l’aise. Les dimensions sont humaines, la topographie accessible. Le port est une bouche gourmande qui appelle au festin maritime des fjords.
Ici, l’hôtel de ville a pris le nom de City Hall. C’est dans ce superbe édifice construit en briques et flanqué de deux tours qu’est décerné chaque
année le Prix Nobel de la Paix. Découvrir Oslo en débutant par la visite de ce majestueux édifice, commencé en 1931 et inauguré en 1950
seulement, est plus que judicieux. Sa façade et les rampes d’accès sont décorées de fresques, peintures et sculptures qui résument l’histoire de
la cité. Apprenez donc qu’Oslo est la plus ancienne des capitales nordiques. Fondée en 1058, elle fut baptisée Opsloé. Contiguë à celle qui se
nommera Christiana, elle est aujourd’hui regardée, par les historiens, comme un faubourg de celle-ci. Oslo est fière de sa légende. La voici.
Le seigneur, la voleuse et le moine.
Un homme, d’une rigueur extrême, on prétend qu’il ne goûta à aucun des plaisirs temporels, le seigneur Harald Hardräde, dit Harald
l’Inflexible, est à l’origine de la fondation de la ville. C’est lui qui fera du moine Hallvard, le patron d’Oslo. Une femme enceinte et dans le
dénuement fut accusée de vol. Pour la protéger, le moine s’enfuit avec elle. Arrêté, Hallvard sera transpercé de trois flèches puis, une meule
de pierre attachée à son cou, jeté dans le Drammensfjord. Surprise, le supplicié ne coule pas. On le repêche pour lui donner des funérailles
dignes. Immédiatement sa tombe devint le théâtre de nombreux faits dits miraculeux. Aujourd’hui, il figure sur les armes de la ville, tenant
dans une main trois flèches et l’autre contrôlant une meule tandis que la voleuse est assise à ses pieds. Le grand hall intérieur est bien celui
que chaque remise du Prix Nobel nous fait admirer. Un espace vraiment imposant, des fresques d’une beauté éclatante, un escalier d’honneur
et un balcon enveloppant et derrière les grandes pièces qui servent aux réunions et aux réceptions officielles. Toutes ces dernières font face au
port, à la mer. C’est une paix simple, digne qui vous gagne. Sur l’arrière la salle du conseil et les bureaux. Un complexe démocratique dans un
cabinet de souveraineté. L’Office du tourisme, niché dans l’ancienne gare, est à quelques pas de là. Un tour de ville s’impose. Le théâtre
national jouxte la nouvelle gare centrale et quelques hôtels. Karl Johans gate est la grande avenue qui relie la gare centrale et le palais royal en
passant par le parlement et l’université. C’est une sorte de grand hamac qui, au gré d’une brise coquine vous ferait découvrir, à gauche comme
à droite, les curiosités du site.
La saga de l’humain ou le bestiaire de Vigeland.
Après la découverte champêtre de divers faubourgs et autres quartiers résidentiels, tous répartis sur des superficies inimaginables ailleurs
qu’ici, nous abordons le Frogner Parc. Certains esthètes et amoureux de la danse des sept voiles, s’offusquent du spectacle qu’offre le
déploiement des sculptures de Vigeland, le Rodin nordique. Toutes les statues y sont nues, souvent monumentales. L’humanité s’y déploie dans
toute sa complexité, dans sa vérité première et son histoire entière. On peut sourire de ce spectacle peuplé de corps nus, diversement
accouplés, enlacés, d’hommes protégeant leurs compagnes, de mères entourant leurs enfants, de travailleurs, d’athlètes. Destin de l’homme,
dialectique de la vie et de la mort. Vigeland, de son vrai nom Gustav Thomsen, y travailla quarante ans. Le terrain fut mis à sa disposition par
la ville et en contrepartie, l’artiste fit don de ses 650 œuvres aux habitants d’Oslo. Dominant plusieurs dizaines d’hectares sur lesquels
s’étend le parc, la colonne de vie s’élève à 17 mètres de hauteur et groupe 121 êtres humains en recherche d’élévation. La colonne surplombe
une grande fontaine, soutenue par six géants , dont l’eau retombe comme une coulée de bronze dans une vasque de granit. Le bon peuple
apprécie cette longue marche et ce défoulement qui incite à la méditation tandis que les sportifs s’y échauffent en imaginant leurs futurs
exploits. A noter qu’aucune des statues, aucun des parapets ne furent jamais couverts de graffiti. L’histoire révèle que le père de Vigeland était
alcoolique et qu’il avait pour habitude de fouetter ses enfants le vendredi saint avec pour seule raison que le Christ ne devait pas être seul à
souffrir.
L’immense domaine déploie ses fastes, son calme et la balade se poursuit durant plus de trois heures. Le tremplin de Holmenkollen est bien
connu des skieurs et sauteurs alpins car un vaudois, Marcel Reymond, y fut sacré champion d’Europe dans les années 30. La colonne du
tremplin accueille un ascenseur qui permet d’admirer un panorama unique. Plus loin, le centre Henie-Onstad où l’on peut voir l’importante
collection que la patineuse artistique et championne olympique Sonja Henie y a réunie avec le concours de son mari.
Les grands marins.
Pratiquement en face du City Hall mais de l’autre côté de la rade, se situe l’île de Bygdoy, siège des musées du Fram et du Kon-Tiki. Construit
selon les plans de l’architecte irlandais Colin Archer, émigré en Norvège, le FRAM a été pourvu d'une coque prévue large, très arrondie et
lisse, de façon que le bateau soit soulevé par la pression de la banquise et non pas écrasé par elle. Aucune aspérité ne donne prise à la glace. La
structure du bordé atteint 80 cm d'épaisseur. Le bateau mesure 39 m de long sur 11 m de large. Il servit d’abord à Nansen pour une expédition
polaire puis à son second Amundsen, qui, lui réussit la conquête du pôle Sud où il devança l’Anglais Scott. Juste en face, a été construit le
Kon-Tikimuseet où l’on peut rêver face aux radeaux sur lesquels Thor Heyerdal entreprit de joindre différentes rives du monde tout en
étudiant la flore et la faune marines. A quelques mètres de là, le Musée des bateaux vikings expose trois bateaux de 20 mètres de long chacun.
Ils portent le nom de l’endroit où ils furent découverts et détail intéressant ils servirent aussi bien pour les expéditions vikings que pour les
sépultures de leurs chefs. Juste derrière ce lieu, la terre reprend ses droits avec le Norsk Folke Museum. En plein air des maisons, des
fermes des différentes régions du pays, mais aussi d’anciennes pharmacies, des magasins de village y sont regroupés.
Le fjord d’Oslo
est à lui seul une initiation à l’art de vivre de cet attachant pays et une clé pour saisir le pourquoi de ce quasi refus de vivre en ville que
manifestent les Norvégiens. Un espace exceptionnel renouvelé à chaque détour de roche ou de terre, une nature explosive de vérité incite à
suivre les impulsions vraies qu’engendre la vie à la campagne maritime. Un élan spontané surgit entre l’homme, la terre et la mer. Une
véritable complicité et un respect mutuel. Amusantes ces baraques de pêcheurs qui ne sont en fait que le refuge du baigneur et… de l’alcool que
l’on importe et cache à la barbe des gabelous. Si l’on demande à un habitant d’Oslo ce qui lui plaît le plus dans cette ville, il répondra presque
sûrement que le grand avantage de cette capitale est… qu’on en sort aisément pour gagner la campagne environnante et la nature. Le Norvégien
habite une périphérie vivante et dynamique où le goût de l’action s’exprime normalement, où le talent trouve son expression dans une
imagination florissante. Et dans les méandres de ce défilé qu’est le fjord d’Oslo on ressent tout cela comme un don qui n’est fait que pour mieux
se comprendre et reconnaître que l’homme appartient à la nature et non l’inverse. Une visite d’un jour à Fredrikstad, l’ancienne ville
fortifiée à l’embouchure de la Glàma, à l’entrée du fjord d’Oslo vous en convaincra tout en vous permettant de découvrir la Oldtidsveien, route
antique jalonnée de vestiges préhistoriques dont l’unique ouvrage fortifié des Vikings encore visible en Norvège.
Le plus grand des petits pays d’Europe se refuse à adhérer à la Communauté européenne car c’est un pays aujourd’hui prospère. Troisième
exportateur de pétrole et de gaz offshore du monde, la Norvège présente une économie totalement différente des autres pays membres et ses
intérêts divergent fondamentalement. Knut Faldbakken, l’écrivain norvégien bien connu résume très bien la clé de son pays dans le contexte
actuel : " Le rôle d’Oslo dans le développement européen me paraît devoir être à l’opposé de ses aspirations : avec sa population modeste, son
accession relativement récente à la dignité de vraie ville et l’innocence que lui confère l’absence des traditions urbaines génératrices de
problèmes, je pense que, parmi les capitales européennes, Oslo devrait être appelée à jouer le rôle du " village " sans que ceci n’engendre une
connotation négative ". En présentant la ville comme la porte d’accès au pays, en accordant aux Norvégiens un rôle naturel de médiateur, on ne
fera que lui reconnaître son véritable mérite.
La grandeur du pays, la beauté des paysages et des femmes, la modestie et la solidité du peuple tissent une toile humaine très attachante. Seule
note discordante, le coût de la vie à Oslo et en Norvège est très élevé et peut parfois choquer. =bcf=
Photos Bertrand C. Favre: Photos Bertrand C. Favre: Fjord Oslo. Peinture murale Hôtel-de-Ville, Grand Hall Nobel. Enseigne du plus vieux resto d'Oslo.Vu dans le port
d'Oslo.. Statue d'une lectrice devant la bibliothèque de Frederiksbad. "
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