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Extrait: "Du volcan au chaos, Journal sicilien" d'Edith de la Héronnière, aux éditions Pygmalion:

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Quand la bétaillère volante de Sardine'Air tangue vers une Tunisie encimentée
Posté le 02 décembre 2006 à 10:41:56 CET par Rédaction

Voyageurs traVeladmin a écrit : "
par Bertrand-C. Favre

Note de la rédaction

Voilà un titre bien agressif, nous direz-vous. Mais non, car qui aime bien châtie bien, à en croire le grand penseur genevois du 18e siècle Jean-Jacques Rousseau lequel, dit-on, aimait ses enfants mais les battait aussi.

Les touristes qui prennent l’avion vivent des temps difficiles. Le transport aérien a perdu son halo magique et devient une punition, mais n’est-ce pas de notre faute, nous qui voulons traverser les continents au prix d’un billet de train? Si tu n’es pas sage, je te fais monter dans l’avion lancera-t-on bientôt aux gamins turbulents.

La dégringolade dans la qualité de l’accueil et des services n’est pas près de s’arrêter. Il y a quelques années, une compagnie américaine avait calculé qu’en retirant une seule olive des plateaux-repas distribués dans ses avions, elle pourrait économiser un million de dollars par an. Aujourd’hui, ce ne sont pas seulement les olives qui ont disparu, mais aussi les tomates, le poulet, le petit chocolat et le café. A quand le voyage debout, comme dans les bus et le métro aux heures d’affluence?

Tenez-vous bien: l’agence de presse Reuter a fait état des calculs effectués par une compagnie aérienne chinoise: le fait d’actionner la chasse d’eau des toilettes de l’avion à l’altitude de 10.000 mètres augmentait d’un litre la consommation de carburant. Les passagers sont en conséquence priés de se soulager avant de monter à bord, car l’heure est aux économies et les réservoirs d’eau ne seront remplis qu’à 60%. Pisse avant ou crève serait le nouveau mot d’ordre.

Bref, ce n’est pas la joie et ce sont les conclusions que Bertrand-C. Favre tire d’un récent voyage en Afrique du Nord. “ La Tunisie. le Maroc et très certainement l’Algérie demain, écrit-il, forts d’une diaspora ouvrière et à col blanc (2 millions pour le Maroc et légèrement moins pour la Tunisie) tablent sur un tourisme nouveau pour asseoir leur développement et lutter contre un chômage endémique. Comme l’Espagne il y a trente ans, ces pays misent naturellement sur le mouvement touristique toujours croissant pour améliorer la qualité de vie de leurs citoyens. Ils doivent absolument promouvoir une image de pays en développement et quoi de plus porteur que la promotion de nouvelles stations balnéaires?”

En Afrique du Nord, écrit Favre, avant tout le monde, les Tunisiens l’ont compris en lançant de grands projets à Hammamet Yasmine, à la Marsa près de Carthage, à Monastir, à Mahdia. Le roi Mohammed VI s’appuie sur des spécialistes de très haut niveau pour développer une nouvelle stratégie basée sur un tourisme nouveau. Des projets grandioses financés par l’extérieur sont programmés pour Rabat, Tanger, Essaouira, Marrakech, Meknes ou encore Oujda. “Adieu la découverte, vive les grands ensembles ! “

Cliquez sur suite et lisez le récit du fin observateur qu’est Bertrand-C. Favre, fondateur et président d’honneur de l’Association suisse des journalistes et écrivains du tourisme. L'inquiétude de notre éminent confrère quant à la dégradation de tant de destinations touristiques est fondée sur des années d'observation et en ce qui concerne la Tunisie, deux questions: comment redresser la barre et comment le sympathique ministre tunisien du tourisme, Tijani Haddad, peut-il influencer le cours des événements, lui qui est resté président de la Fédération internationale des journalistes et écrivains du tourisme (FIJET, dont par ailleurs TravelMag est membre) après avoir été nommé ministre dans un gouvernement qui n'aime pas forcément les journalistes ? .....
Marco Flaks, rédacteur en chef.


1.- Le voyage

Un hiver glacial doublé d’une saison des neiges exceptionnellement longue et fournie, un printemps qui refusait sa symphonie la plus éclatante mais plastronnait avec un ciel bas, des pluies incessantes, nous avaient transformés en adorateurs d’un soleil toujours absent. Il fallait donc l’aller chercher ailleurs. Une invitation de dernière minute servit à point le prétexte en favorisant la raison. Nous irions donc en Tunisie et dans cette région du Cap Bon où le tourisme, cette nouvelle religion, relève davantage des cultes païen et moderne de l’argent.

Paradoxes et contrastes de l’offre touristique !

Pour bien voyager, soyez millionnaires ou propriétaire de votre avion et de votre bateau ! Il y a dans l’offre des opérateurs de voyages des incongruités qui ne sont jamais ou rarement relevées. Ainsi l’on vous propose des séjours en hôtels de grand luxe voire des membres de la fameuse chaîne internationale des « Leading Hotels of the World » dotés de plusieurs restaurants, d’un institut de thalassothérapie, golfs et un service 24 H sur 24. Un rêve sur papier glacé ! Mais pour atteindre ce lieu idyllique, il ne vous reste qu’à subir les joies d’un transport aérien vanté pour sa sécurité et un transfert de l’aéroport à l’hôtel par minibus. Ainsi, quelle que soit la catégorie de destination choisie, vous serez un mouton parmi les moutons. On sélectionne le mouton en fonction de son hébergement et du nombre d’étoiles de l’établissement mais jusqu’à destination on le traite comme membre du troupeau. Question : Pourquoi sélectionner les hôtels et ne pas offrir une alternative identique pour le transport et les transferts ? »

Bienvenue à bord !

La compagnie aérienne qui assure le transport de Genève à Monastir fut, en ce qui nous concerne tout au moins, déterminée par un horaire agréable, c’est à dire que l’avion ne décolle ni avant le lever du soleil ni trop largement après son coucher. Le voyage doit être un plaisir et non pas une punition, à moins que comme Chamfort vous n’ayez adopté le principe qui consiste à « avaler un crapaud, chaque matin dès le lever, afin de vous assurer que vous n’aurez pas d’autre surprise plus désagréable dans la journée ». Les horaires de voyage réduisent souvent le choix du transporteur à une option unique.

« Sardine'Air »

Celle-ci se présente par une revue offerte à bord. Régalez-vous : « Notre compagnie s’est spécialisée dans le transport d’une clientèle touristique à destination de Tunisie, dans les meilleures conditions de sécurité et de confort . La flotte est constituée actuellement de x Airbus A 320 et de x Airbus A 321. Son objectif est de mieux connaître les exigences de ses passagers afin d’anticiper les moindres de leurs besoins. »

Dans cette perspective, transporter le maximum de passagers consiste aussi à équiper chaque appareil du maximum de sièges. On vous assure les meilleures conditions de sécurité et de confort ? Jugez plutôt ! Entre deux sièges l’espace attribué à chaque passager est inférieur à 25 cm. L’hebdomadaire français Le Point - 27 cm – ne passait pas. Voilà pour le confort.

La sécurité qui devrait respecter la « safety position », non pas recommandée mais exigée par les conventions internationales, devient impossible à pratiquer. Bien que le repas froid servi à bord comporta du thon et des pâtes au safran, j’ai rebaptisé cette compagnie « Sardine'Air » et j’ai partagé un clin d’oeil ironique avec ces poissons aux reflets…d’argent !

L’irrationnel passage en douane ou le sommeil du douanier !

L’Etat Providence veille sur ses fonctionnaires avec l’attention de celui qui sait posséder ainsi le bien le plus précieux du monde. Que vous arriviez dans le pays dans la matinée, l’après-midi ou en soirée, une constatation s’impose à vous : « Les vols sont toujours groupés dans la même tranche horaire » comme si l’afflux des passagers en provenance de diverses villes ou nations était une condition sine qua none pour démontrer l’efficacité de la gente douanière. Celle-ci bénéficiera ainsi d’un large temps de repos entre les différents arrivages. Que le voyageur soit pénalisé et contraint de « faire la queue » une heure durant au mieux, peut chaut au prince. Il est vrai que selon le journal la Presse de Tunisie du 15 mai 2006 : La communauté internationale rend hommage à la Tunisie et à son président pour le rayonnement et la reconnaissance suscités par la politique pertinente conduite et pour sa vision clairvoyante des principes et valeurs des droits de l’homme. Cette approche tend, en effet, à assurer à toutes les Tunisiennes et à tous les Tunisiens où qu’ils se trouvent , le droit à l’emploi, à la santé, à l’éducation, le droit au loisir et à la liberté d’expression, tout en leur permettant de bénéficier, d’une manière équitable, des dividendes de la croissance ». Inch Allah – La messe est dite !

2.- Le séjour


Une époque révolue : Le temps où le voyage culturel enrichissait le touriste

On vous promet le paradis et je m’y suis longtemps refusé. J’aimais la petite ville d’Hammamet, sa route poussiéreuse, ses marchands des quatre saisons, son teint gris sous un soleil de plomb. Les rares voitures soulevaient un nuage de poussière et disparaissaient derrière la muraille qui protégeait la médina. Quelques hôtels étaient tapis en bordure de mer entre oliveraies et orangeraies offrant au visiteur la douceur d’une découverte heureuse. Cela contraste avec le souvenir des batailles livrées durant le Protectorat et surtout avec la découverte de cet endroit privilégié par un certain Guy de Maupassant. Ce fut le point de départ de la rencontre des artistes et d’une certaine bourgeoisie. Non loin de là, sur la route de Sousse, le richissime architecte roumain Georges Sebastian y établit sa somptueuse demeure qui deviendra le Centre culturel international. Le maître de céans évaluait la notoriété de ses invités en leur attribuant de « un à trois tapis ». La princesse Grace de Monaco y fréquentait une boutique de luxe fameuse à chacun de ses passages..

Le golfe d’Hammamet

Pour le lecteur avide de connaissance, sachez qu’Hammamet est simplement le pluriel de hammam. Vous en déduirez avec raison qu’Hammamet était une ville d’eau. Les thermes y étaient nombreux et on leur attribuait des vertus curatives reconnues. Le golfe court de Nabeul à Monastir et se réjouit d’un littoral aux plages de sable blanc. S’inspirant des modèles floridiens et californiens, l’Etat tunisien décida au début des années 2000 de construire, à 14 km de la petite bourgade, une nouvelle station balnéaire baptisée Yasmine Hammamet. Dès la fin de l’an 2002, Yasmine s/Mornag (les collines vinicoles ne sont pas loin) comptait quelque 39 hôtels, une esplanade, une marina, des villas et des appartements en nombre, un centre commercial, des restaurants, un palais des congrès, un club nautique avec yacht club et une aire d’atterrissage pour hélicoptère et naturellement…des golfs ! Le tout offre une perspective hollywoodienne sur une avenue républicaine à quatre voies. Les taxis, souvent kamikases, circulent à vive allure, allant parfois jusqu’à laisser un rétroviseur dans un dépassement par trop téméraire.

Des grilles style Buckingham se referment sur un monde nouveau…

…mais restreignent aussi les mouvements des résidents des grands hôtels, hormis peut-être ceux des golfeurs. Comme en Floride ou en Californie, rien n’a été conçu pour le piéton. Ces châteaux-forts de la détente, bien clos et à l’accès contrôlé, sont tous dotés de trois voire quatre restaurants. Ils sont italien, tunisien, international ou diététique mais tous sont opérés par des cuisiniers tunisiens parfois formés par un chef italien dont on a gardé le nom du plat et sa recette en oubliant la manière de les accommoder. L’international, souvent pompeusement nommé « Le Gourmet », est un mélange de bonne volonté ayant un rapport très approximatif avec la véritable gastronomie. Pour leur échapper, une seule solution : aller « en ville » ou dans la « médina nouvelle ». Dans les deux cas, le choix est limité et les plats servis chers et peu goûteux.

C’est ainsi que le piège se referme. Les boutiques annoncées sont terrées en sous-sol et n’offrent rien d’intéressant au résident. Vous avez besoin d’un dentifrice ? Mieux vaut affréter un taxi et l’aller chercher en ville car l’une des deux boutiques ne vend que peluches et cartes postales vieillottes – pas de presse nationale ni étrangère dont la commande est réservée à la réception – et l’autre se concentrant sur la bijouterie et la poterie. Le « footing » se pratique dans les interminables couloirs qui, du hall central et des restaurants vous conduisent à des chambres surdimensionnées, d’une conception clinquante mais peu pratique. Le visiteur est supposé utiliser les facilités sportives, la piscine, etc, etc. Le bord mer (rarement nettoyé avant mi-juin) et les superbes installations de thalasso accentuent le contraste. Heureusement, le service est attentif et le personnel souriant. Dans un tel désert de convivialité, ceci est rassurant !

Escapade à la « Medina Mediterranea Yasmine Hammamet »

Le vide culturel et le manque d’animation ont incité les promoteurs de la nouvelle Medina de Yasmine Hammamet à concevoir un ensemble d’attractions où s’entremêlent l’idée originale et le « kitch »: une entrée gardée par des éléphants grandeur nature, montés par des soldats d’Hannibal, le tout en matière synthétique, suivie d’une multitude de réalisations historico-comiques qui mettent en scène certaines des richesses architecturales des cités médiévales du monde arabo-musulman, d’Orient et de Méditerranée. L’entrée est payante.

La visite étonnante, dissonante, réussit pourtant à créer un moment plaisant dans un monde de trouvailles et d’absurdités. Que de contradictions dans ce monde qui étale restaurants et boutiques dans un foutoir harmonieusement organisé. Ces petits restaurants relèvent aussi du monde arabo-musulman, se nomment Sheherazade, qui assure aussi, la nuit venue, des spectacles couvrant les mystères du harem et bien d’autres danses dont celle des Sept Voiles et des moments troublants, ou encore Byblos ou Memphis. A quelques pas de là, une construction bleue, couverte de tuiles peintes d’un vert éclatant, se termine par les trois bulbes caractérisant une mosquée de grande tradition. On y pratique assidûment le culte d’une…boîte de nuit. On ne saurait crier au sacrilège dans un endroit où l’on s’amuse.

La véritable réussite de cette medina tient à l’incorporation d’un groupe hôtelier. Le complexe Diar Lemdina offre le choix de résider dans un des 190 appartements distribués dans trois différentes résidences : le Diar Sidi Bou Saïd, le Diar Erriadh et le Diar El Bousten. Chaque appartement possède son jardin et parfois une cuisine. Un superbe jardin intérieur avec piscine complète le décor de chacune des résidences. La mer est un peu loin mais le cadre est si charmant qu’un séjour peut être envisagé avec une certaine quiétude. Fait curieux, aucune brochure, aucun programme de voyagiste ne mentionne cet harmonieux complexe résidentiel. Serait-il bruyant en raison de la proximité de certains établissements nocturnes, je l’ignore.

Un tourisme nouveau…les retraités européens en sont la cible

Tunisie, Maroc et bientôt Algérie se doteront de nouveaux complexes touristiques. Les retraités constituent une clientèle cible à qui l’on fait miroiter un nouveau bonheur. Ainsi, les slogans se multiplient pour faire savoir à nos aînés que « Quitter la vieille Europe et sa morosité pour aller au soleil, c’est débarquer sur une nouvelle planète, plus accueillante ». La Libye seule, pour l’instant déclare vouloir préserver son paysage, ses richesses naturelles et ses traditions. Le bonheur et le développement des uns rappellera que le colonialisme peut se construire à l’envers et que les adorateurs du monde d’hier seront bien seuls à déplorer un changement planétaire.

Il y a 30 ans, j’écrivais un article intitulé : Béton sur mer, censé stigmatiser un développement anarchique de la Costa del Sol en Espagne Un congrès dédié à ce grand chambardement ne mériterait-il pas votre attention, Messieurs les Ministres du Tourisme de Tunisie du Maroc et de l’Algérie ? (bcf) © "

 
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