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"Le voyage est un travail et, sans doute aussi, un art. Il n'autorise pas le laisser-aller, mais requiert le meilleur de notre acuité."
Extrait: "Du volcan au chaos, Journal sicilien" d'Edith de la Héronnière, aux éditions Pygmalion:
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CAFE : UN SAFARI CONNAISSANCE ET PLAISIR
Posté le 20 décembre 2005 à 00:34:22 CET par Rédaction |
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Par Bertrand C. Favre
Goethe appréciait celui qui rêve l'impossible. Devant une tasse de café, ce café prétexte à toutes les rencontres, à toutes les révolutions, est surtout point de départ de mille voyages. L'humain révèle sa part de rêve. La légende du café conforte l'évasion. Elle est née il y a quelques milliers d'années. Ceux qui la rapportèrent devaient ignorer la géographie car ils la situèrent d'abord sur les hauts plateaux du Yémen alors qu'elle se déroula sur ceux du sud-ouest de l'Ethiopie, l'un des plus vieux berceaux de l'humanité. Kaldi, le berger, gardait son troupeau de chèvres, cause d'un bien grand souci. Elles semblaient ne jamais vouloir dormir et la nuit venue, menaient grand tapage en multipliant gambades et cabrioles. Le pauvre berger ne pouvait jamais dormir sur ses deux oreilles ! Ne sachant à quel dieu se recommander, Kaldi s'adressa tout naturellement aux hommes de foi du voisinage, des derviches. Ceux-ci observèrent le comportement des animaux et constatèrent bien vite que les bêtes se nourrissaient de baies sauvages qui abondaient sur les arbustes de la colline. Les religieux, on le sait, sont gens curieux.
Ils goûtèrent ces fruits quasi miraculeux et s'en ressentirent tout revigorés. Sans le savoir, ils venaient de découvrir les effets de la caféine. La légende arabe insiste sur le rôle des derviches. Ceux-ci respectant leurs obligations de prière nocturnes et se rendant chaque année à La Mecque, firent découvrir au monde islamique les vertus et pouvoirs du café. Avicenne, dont le vrai nom est Abou-Ibn-Sina, célèbre philosophe et médecin arabe, né près de Chiraz, en Perse vers l'an 980, étudia à Bokhara, embrassa toutes les sciences mais s'adonna surtout à la médecine. Plusieurs princes d'Asie l'appelèrent à leur cour et le roi de Perse s'en assura les services, à la fois comme vizir et comme médecin. Pendant des siècles, ses Canons et Préceptes de médecine, publiés à Rome (1595) furent Suvre majeure. Il recommande déjà le café pour traiter certains maux de l'intestin. Il fit connaître Aristote en Asie et fut à la fois l'Hippocrate et l'Aristote des Arabes. Il mourut à Hamadan en 1037. Les conteurs d'autrefois, que l'on rencontrait dans les petits cafés des villes arabes mais surtout dans ceux de Damas et de Byzance (Constantinople), contaient avec bonheur la légende de Kaldi, le petit berger du Yémen. Cette vieille légende arabe connut de multiples versions dont l'une se retrouve dans un conte des Mille et Une Nuits. On n'étonnera personne en affirmant que les nomades d'Abyssinie consomment depuis la nuit des temps des graines de café vert réduites en bouillie. L'Ethiopie, pays ancestral, structuré bien avant les nations européennes, jamais colonisé, contrée si luxuriante qu'Homère y faisait résider Jupiter lui-même, offre la particularité de s'être doté depuis plus de mille ans d'une écriture originelle. Les Abyssins professent le christianisme, curieusement pratiquent la polygamie et appartiennent à la secte monophysite et eutychéenne, tandis que leur métropolitain nommé Abouna, était choisi par le patriarche copte d'Alexandrie.
L'Université du Café de Jimma, le saint de Mokha et le vin d'Arabie.
En réalité et selon les affirmations récentes du vice-recteur de l'Université du Café de Jimma, capitale de la province éthiopienne de Kaffa, c'est à Bonga que serait apparu le café, voici plus de deux mille voire de plus de quatre mille ans si l'on en croit certains écrits dont ceux de la Bible : « il y avait du blé, de l'orge et des graines grillées (ch.XVII v.23). Alors, ceci fait-il référence au café ? Reprenons plutôt la route du café. Le grain de café va cependant traverser la mer Rouge pour s'amarrer sur l'autre rive, celle du Yémen où il aurait fait l'objet de culture depuis le début du XVème siècle. Le premier personnage important dans l'histoire du café, l'homme qui en Ethiopie le découvre et l'implante au Yémen, est celui que l'on désignera comme le saint de Moka. Ce dernier nom évoque une ville et un port du Yémen où, le grand maître des Soufis, Ali ben Omar al-Shadili, en l'an 900, au terme de son périple africain quitte sa communauté éthiopienne pour en fonder une nouvelle en ce lieu qui se développera et deviendra le principal port d'expédition du café dans le monde. Le café s'ajoutera au commerce des épices. La communauté n'eut de cesse que de cultiver le caféier afin de maintenir les religieux éveillés durant les exercices de la nuit et plus particulièrement pour la cérémonie du dhikr, au cours de laquelle les derviches tournent aux sons des incantations qui les amènent progressivement à l'extase. Les rivages et les plateaux du Yémen se couvrirent de caféiers. Le café, cultivé dans les vallées de l'intérieur, est acheminé vers Moka par des caravanes. Elle en exportera plus de 100'000 quintaux métriques par an, ainsi que de la gomme, du mastic, de l'encens et des cuirs. Une nouvelle légende veut qu'à l'occasion d'une relâche dans le petit port, un capitaine indien fut pris de langueur. Le saint de Moka lui offrit un café. Alors que ce nouveau breuvage gagnait lentement l'Arabie et la Perse, cet incident étendit rapidement sa réputation à l'Orient et au bassin de l'Océan indien. Au XVIème siècle la cité est florissante et des navires assurent des liaisons avec Istanboul, Le Caire, Damas ou encore Alep. La prise de Constantinople par les Turcs en 1453 ouvrira le commerce du café aux marchands de Venise et plus tard de Marseille. L'expansion sera fatale à la première capitale du café. Aujourd'hui, seules une mosquée élevée sur le tombeau du saint, une porte et une source rappellent la mémoire du grand précurseur et le passé glorieux d'un petit port désormais à demi ensablé. Cette source ne serait pas étrangère à la réputation de ce qui plus tard, donnera le goût et la notoriété du « moka », l'un des meilleurs cafés du monde. Curieusement ce breuvage sera d'abord connu de l'Europe méditerranéenne sous le nom de « vin d'Arabie ». En Ethiopie, la boisson dynamise les agriculteurs locaux et la culture du café s'intensifie. Aujourd'hui, Addis-Abeba, plaque tournante des exportations du café est dotée d'une bourse spécialisée. Les quantités disponibles sont acheminées par les marchands vers Djibouti.
Pirates, grandes compagnies orientales, expansion et ambiance « café ».
Les cercles soufis furent les premiers à bénéficier de l'apport du café dans l'exercice de leurs prières nocturnes et surent ainsi en propager la connaissance parmi toutes leurs relations mystiques. La communauté soufie de la Mecque en bénéficiera dès 1470. La reine Elisabeth Ière d'Angleterre fonde, en 1600, l'East India Company. Ce sera la première à entrer dans le port yéménite de Moka. En 1616, un vaisseau de la Compagnie hollandaise des Indes charge du café vert à Kaffa. Son commandant en profite pour dérober quelques fruits qu'ils offrira au Jardin botanique d'Amsterdam qui les mettra en culture. Le globe soudain s'affole. Après la Mecque, vint le tour du Caire en 1510, celui d'Istanboul en 1517, de Venise en 1615, de Rotterdam en 1616, d'Oxford en 1637. Au retour d'un long voyage dans les pays du Levant, le français Jean de La Roque, introduit le café à Marseille en 1644,. Suivront Paris en 1650, Hambourg en 1670 et Vienne, ou l'on appelle toujours « Moka » un café, s'y met en 1683. Le breuvage surprend mais, rapidement, on l'aime. Il devient un lien, un prétexte. Les Turcs nous apprendront l'art et la manière de déguster un bon café en agréable compagnie. Une ambiance nouvelle nous est donnée en nous confortant dans une heureuse convivialité.
Le temps des « cerises »S
Le café est un grand voyageur en même temps qu'un fin connaisseur des sites les plus typiques de notre planète. C'est entre les tropiques du Cancer et du Capricorne qu'il établira ses quartiers et essaimera les plus fabuleuses plantations. Le temps des « cerises » sera celui des récoltes. Là encore de l'art et la manière naîtra la sublime différence. Elle peut être manuelle, la cueillette qui consiste à ne choisir que les fruits à pleine maturité. On l'aura deviné, elle est réservée aux meilleurs crus. Mécaniquement, la récolte ne distingue plus les cerises vertes des rouges. Comme pour le raisin, c'est un gros peigne qui passe entre les rangées et égrappe la totalité des fruits. Dans les grandes plantations brésiliennes, une autre machine s'insère entre les arbrisseaux et les secoue de façon à ne faire tomber que les cerises les plus mûres. En Ethiopie, les paysans cueillent encore les grains de café qui poussent sur les arbustes sauvages. Ceux-ci sont petits et produisent le meilleur café du monde. Faisons le tour du monde des contrées de production en partant d'Hawai pour aboutir en Papouasie-Nouvelle-Guinée en passant par le Mexique, Cuba, la Jamaïque, le Guatémala, le Honduras, el Salvador, Nicaragua, les Antilles, Costa Rica, le Vénézuela, la Guyane, la Colombie, l'Equateur, le Pérou et le Brésil en Amérique Centrale et du Sud. Le circuit se poursuit en Afrique en partant naturellement de l'Ethiopie pour suivre au Yémen, en Côte d'Ivoire, au Togo, au Liberia, au Cameroun, au Kenya, au Zaïre, en Ouganda, au Burundi, en Tanzanie, en Angola, au Zimbabwe, dans la province de Venda en Afrique du Sud et à Madagascar. Ce tour de l'hémisphère sud ne serait pas complet sans les producteurs d'Asie qui sont : l'Inde, le Sri Lanka, la Malaisie (Sarawak), le Laos, la Thailande, le Vietnam, l'Indonésie et la Papouasie et Nouvelle Guinée.
Des paysages plein la tête
Savourant une tasse de café, qu'il soit d'Arabica lavé, d'Arabica naturel ou de Robusta lavé ou naturel, il suffit de fermer les yeux un instant ou de laisser son regard se perdre dans l'horizon pour imaginer et entendre le goutte à goutte d'un Guatémala, de revoir les pentes volcaniques des Blues Mountains, dont les derniers lacets s'accomplissent à pied, pour apercevoir ce miracle jamaïcain qui fournit le café le plus cher du monde. Un fumet pourra aussi vous envelopper comme le font les brumes de certains volcans et l'ombre d'épaisses forêts. L'ambiance des cafés turcs comme ceux du Grand Bazar, le parfum de Mysore l'indienne vous envoûtera tandis qu'une bossa nova brésilienne complètera la fête, une fête que seule le grand voyage du café saura vous offrir. BCF
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