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Au Danemark, dans la Baltique, entre la Suède et la Fionie:LE SEELAND
Posté le 29 septembre 2005 à 01:52:33 CEST par Rédaction

Découvertes DU CÔTÉ DES AMIS DANOIS

par Thierry Quintrie Lamothe


C'est quoi pour toi, le Seeland en hiver ?
Je réponds sans hésiter : un pays plein de neige et d'ours
Viens vite, tu seras surpris, répond mon amie Marianne…

En fait, le Seeland est une île du Danemark dans la Baltique, entre la Suède et la Fionie, baignée par le Sund, où se trouve Copenhague, groupant près de la moitié de la population de l’île.L’été, les génisses paissent dans les plaines, les moulins à vent tournent leurs larges ailes et de bois profonds surgissent des vélos insouciants.
En hiver, le vent glacé de l’Oresund souffle en rafales par rafales jusqu’à engourdir les os et à obliger le visiteur à chercher la chaleur dans l’intimité douillette des habitations. Moment idéal pour devenir ami des Danois et démentir le cliché trop facile d’un pays « amas de boue, de craie et d’eau », même si H.C Andersen estimait son peuple «bien adapté à ces îles marécageuses, vertes de moisissure».



En hiver, sur l'île de Seeland, il n'y a pas forcément la baignade, les siestes dans les hamacs. Mais il reste les promenades en forêt, les balades à vélo et surtout les visites aux amis. Au pays de Kierkegaard, on a trop le sens du fragile, du précaire, de ce qui s'effondre, pour ne pas savourer les petits plaisirs du quotidien et Copenhague n'est qu'à 1h30 d'avion de Paris.

Marianne est bien au rendez-vous, pour parcourir ensemble la route côtière de la Seeland du Nord, de Helsingor à Copenhague, joliment nommée Route Margrethe en souvenir de cette grande souveraine du Moyen-Âge, qui institua la présence d’une auberge tous les 30 km pour assurer le gîte du voyageur.
Les bus réguliers ont remplacé les loueurs de chevaux et les maîtres de poste, pour relier les différentes étapes.

Halte gastronomique aux environs d’Helsingor

Shakespeare a choisi le site d’Elseneur (Helsingör en danois), pour servir de décor à sa tragédie d’ Hamlet. Il ne faut pas oublier que le grand auteur élisabéthain était un directeur associé de théâtre et le drame pour lui était d’écrire sur commande des tragédies, rarement des comédies, parce qu’il faut manger tous les jours et faire manger les siens en écrivant des pièces qui correspondent aux goûts du public, des drames où il se défoulait et dégurgitait la monotonie quotidienne.
« Etre ?... Ou quoi ?...Ne pas être !...Et tout le drame est là. »
Faut-il venir presque au bout de l’île de Seeland, pour vivre dans l’ombre mélancolique du Prince de Danemark, de préférence lorsque la mer est grise et le ciel orageux ? Shakespeare fait mourir Hamlet percé par une épée empoisonnée. Dans le charmant cloître des Carmélites, est enterrée Dyveke, maîtresse d’un roi danois, tuée en I517 par des cerises empoisonnées.

Au-delà de ces destins funestes, la cité d’Helsingor mérite qu’on découvre ses vieux quartiers, où les marchands, enrichis par les droits de passage avec la Baltique, ont bâti de splendides maisons bourgeoises.

Au Moyen-Âge, le hareng était si abondant, qu’on le pêchait de la côte même ; il constituait alors une des bases de l’alimentation. Les filets du pêcheur, installés sur les rivages nus, ont été remplacés désormais par des unités modernes, pour récupérer du bar et du saumon frais.
Les pécheurs doivent aller loin, car face à Helsingor, la mer est grise, pas salée du tout, sans marée, où l’on pèche des poissons qui n’ont pas beaucoup de goût. L’aspect sauvage de cette côte reste surprenant, quand on voit comment les arbres s’accrochent à la terre.

Il n’est pas toujours facile de déguster la cuisine traditionnelle. Pourtant, on ne manquera pas de découvrir un petit restaurant, proche d’Helsingor, sur la route vers Copenhague. Par chance, un jeune chef s’est installé dans un endroit intact entouré de pins maritimes, pour faire connaître sa cuisine.

«En ce moment, je travaille beaucoup sur les produits du terroir , les poissons, les fruits de mer, les viandes et je marie les goûts de la cuisine et les vins. » tient à préciser Marcus Emil Skjoldager, 34 ans, qui a travaillé en France chez un cuisinier renommé de Sarreguemines. Il est maintenant le patron d’un restaurant qu’il a conçu lui-même, dans le style d’un appartement privé, prévu seulement pour quelques clients. Le résultat donne une gastronomie sophistiquée, mais qui reste naturelle.

Rêves de lumières

D’où vient dans la peinture danoise du XIXè siècle, cette inclinaison à une langueur diffuse ? Cette soif de luminosité et de simplicité est bien présente chez les impressionnistes qui avaient formé une communauté à Grez-sur-Loing, vers 1880, avant de capter à Skagen, petit port au nord du Danemark, « l’heure bleue », cet instant du crépuscule où la mer du Nord et la mer Baltique se rejoignent dans une même couleur lavande.

Ce puissant état d’âme, nimbé d’angoisse, on le retrouve dans deux lieux complémentaires: Louisiana et la Glyptothèque.

Louisiana est un lieu unique, en bord de mer, au nord de Copenhague, face aux rivages de la Scanie suédoise, pour rappeler que le Danemark s’est assuré depuis son âge d’or entre 1830 et 1850 une suprématie dans les arts plastiques. Maintenant, Il accueille bien volontiers les créations étrangères dans un décor où règne l’harmonie et en hiver, la neige immaculée donne un relief saisissant aux 60 sculptures, installées dans un grand parc d’arbres aux essences rares.

Dans le bâtiment aux vastes murs et aux planchers bruts, les œuvres du pop art et du néo-impressionnisme sont là pour revigorer le regard. Ici on comprend pourquoi un surréaliste ajoute du rouge vif aux chevelures des femmes pour les rendre plus belles, comme pourrait le faire un Rubens. On peut prendre du temps aussi pour capter les iris aux couleurs tendres d’un Hockney ou les fleurs peintes comme des sexes de femme de Georgia O’Keeffe. Les portraits de proches, de familiers de Kossov résument bien l’esprit d’un espace muséal comme Louisiana : la proximité avec les œuvres, jusqu’à sentir la respiration de leurs créateurs. Ici, l’accueil est affable. Des petites bougies ont été installées à côté des toiles pour créer une ambiance intime.

Cette simplicité, proche du dépouillement, on la retrouve à la Glyptothèque de Copenhague, où le visiteur peut s’arrêter ou bouger à sa guise pour retrouver les lumières du sud. Même si Kierkegaard nous dit que l’apprentissage de l’angoisse est le suprême savoir, la peinture des impressionnistes est d’une aide indispensable pour égayer notre triste condition.

Une partie de l’âme danoise se trouve en effet dans ce remarquable témoignage de l’architecture moderne scandinave. Carl Jacobsen, brasseur de son métier, rêvait d’accrocher aux cimaises de son musée les déjeuners sur l’herbe de Bonnard, les citronniers en fleurs de Monet et la peinture dépouillée de Van Gogh dans son paysage à Saint-Remy-de-Provence.

Dans le jardin d’hiver recouvert d’une grande verrière, le bruit d’une eau qui coule, quelques sculptures inoffensives, entourées de poissons rouges, des arbres exotiques inclinent le visiteur à chasser un instant cette douce et vague tristesse que les Danois appellent Veemod, entouré de groupes de scolaires étonnament attentifs et disciplinés.

Fraternité de femmes à Virum

On peut facilement s’égarer à Virum, petite localité située dans une banlieue plutôt cossue du nord de Copenhague. Qu’importe !. Impossible de localiser la maison de Marianne. En remontant les rues, à un moment donné, la mémoire se bloque et les points de repère s’effacent. Pourtant tout est bien en place, mais il manque un élément du puzzle. Finalement, les maisons même si elles se ressemblent s’ouvrent facilement et leurs occupants indiquent bien volontiers le chemin correct pour arriver enfin à destination.

Comme la Babette du fameux roman de Karen Blixen, Marianne Stürup a préparé un dîner, selon le grand art de la cuisine danoise. Ancienne professeur dans une école professionnelle, elle a composé un repas où les saveurs sucrées des plats s’allient à une touche d’acidité. Heureuse harmonie qui dissipe toute mélancolie et crée chez les convives un état de bonheur simple.

Marianne n’a pas oublié les années de jeune fille au pair pour apprendre le français, cette langue dit-elle, «m’a permis de décider, par moi-même, certains choix de ma vie». Et maintenant, elle est devenue une véritable artiste du goût culinaire, capable d’enchanter les anges.

Proches de la maison de Marianne, des chemins de terre rejoignent le lac de Virum, où les promeneurs retrouvent la compagnie des poules d’eau et des canards facilement apprivoisés. Au loin, le soleil couchant illumine un manoir élégant, d’apparence isolé, où le monde chante, danse. Au bout d’un sentier poudré de blanc, de grands arbres dénudés laissent entrevoir un véritable pavillon de chasse du XVIIe siècle. Plusieurs familles y vivent et partagent ensemble une expérience de vie communautaire. Ainsi, les charges de locataires peuvent être équitablement partagées entre les co-locatoires, qui tiennent à garder un esprit ouvert et tolérant. D’ailleurs, la cooptation entre eux est la règle.

Gunhild une amie de Marianne, accueille sans façon ses hôtes, autour d’une grande table ronde, dans une des pièces communes. La salle à manger a noble allure, avec ses carreaux rustiques et ses grandes fenêtres à croisillons laissant entrevoir une futaie sombre de bouleaux. Une lumière paisible se reflète dans cette pièce rustique et les bougies allumées pour la circonstance créent une douce quiétude.

Le thé ou le café ont un goût particulier et la préparation d’une collation répond quand même à un rituel précis. Ce sont les petits détails qui créent l’harmonie du moment. Et Gunhild parle brièvement de sa recherche d’un nouveau job pour avouer quand même que « toute seule, elle ne pourrait pas profiter d’un tel cadre ».

Cette complicité de femmes entre elle et Marianne autour d’un bouquet de myosotis rappelle quelque chose de beau. Ingmar Bergman parle de fraternité, d’un sentiment absolument neuf- ou peut-être extrêmement ancien qui lie les femmes entre elles, qu’importe leur âge et qui n’a pas d’équivalent parmi les hommes. La femme scandinave, fantasme de l’homme latin, avec sa compassion, son rôle de consolatrice est admirablement dépeint dans les films du grand cinéaste suédois. On sent chez Marianne ou Gunhild une force qui peut intimider ceux qui croisent leurs yeux clairs. Froideur ? Assurément non. L’exubérance chez les danois est plutôt un sentiment intime. Et Marianne, en bonne native de Fionie, l’île proche de Seeland rappelle que « la nuit est à nous, les femmes, ne vous en mêlez pas ».

On quitte à regret cette demeure étrange et la balade s’achève par une visite chez le créateur d’un ensemble musical unique en son genre. Knud Wissum a consacré sa vie de musicien à préserver de l’oubli un vieux fonds de chants et de danses du Groenland. Peut-être, avait-il besoin, en prenant sa retraite de retrouver dans sa maison un décor de neige et de nuit au goût d’étoile fraîche pour écouter ces mélodies,inspirées des vieux mythes eskimos.

Tôt dans la matinée, Marianne propose de visiter l’école publique de Virum, où elle a enseigné les cours de cuisine. «je vous donne les recettes, vous préparez les repas », suggère Marianne à un groupe d’adolescents de 15/16 ans. Beaucoup d’applications pratiques dans cet établissement, étendues aux soins dentaires et même à un étonnant atelier de couture où l’on retrouve des garçons pas du tout dépaysés.

« Il faut donner du temps aux enfants. Temps de jouer, de rêvasser, de s’épanouir. Le temps de vivre son enfance avant de devenir adulte » tient à préciser le jeune professeur de français, une autre Marianne. La vision des petits français, le cartable lourdement chargé à la rentrée des classes ferait frémir tout parent danois. C’est vrai qu’ici, l’écolier peut se sentir gâté, bénéficiant d’un mobilier confortable,de plantes vertes, d’un terrain de jeux, d’équipements de sport, d’une salle de théâtre, d’une piscine, d’ateliers de photographie, de sculpture… 54% des jeunes danois choisissent la filière des écoles professionnelles. Et un danois sur trois ira aux cours du soir, car ce peuple dîne tôt et consacre de longues soirées aux activités culturelles.

Avant de quitter Virum, une rencontre avec Elizabeth Siemen s’impose. Bien sûr elle est blonde, grande, les yeux clairs et un sourire franc. Mais cette multilingue de 47 ans, habillée en cuir tendance est surtout « le curé » de la paroisse. Elle revient d’un long séminaire dans une ville du Schleswig Holstein, où des théologiens comme elle ont conversé sur Shakespeare et René Girard.

L’église au Danemark ouvre un horizon nouveau face aux églises en France glaciales et peu remplies. Avec Elizabeth, dans la chambre verte fraîchement repeinte du presbytère on cesse de parler de morale privée pour s’occuper de questions sociales et de s’impliquer davantage.
Les enquêtes au sein de l’église danoise indiquent que 85% des fidèles ne voient pas d’objection à la perspective de femmes évêques. Quiconque lit l’histoire de l’église ne peut pas ne pas être impressionné par l’apostolat des femmes chrétiennes tout au long des siècles.
Pourquoi l’Histoire s’arrêterait-elle ?

L'utopie Christiana

Il existe, au coeur de Copenhague, un ancien terrain militaire de plus de 40 ha, sur lequel d'anciens libertaires des années 70 ont tenté d’installer les lieux communautaires. A l'origine, cet endroit était une base navale, flanquée de bastions. Le roi Christian IV voulait stimuler le commerce portuaire, en creusant des canaux dans cette terre marécageuse.

Christiana est devenue en 1971 une ville « libre » avec la volonté de ses promoteurs de briser tout lien matériel et spirituel avec la société ambiante. Un espace collectif, où la propriété individuelle n’existerait plus, mais où chacun pourrait librement exprimer sa fantaisie dans la construction de sa maison, par exemple, où le Danois aime se réfugier et trouver son intimité.

Le résultat a donné un mélange hétéroclite, un assemblage dispara'ile plutôt réussi de constructions où le bois et le verre dominent. Actuellement, près de 800 personnes dont 300 enfants profitent de ce lieu insolite et gèrent en commun des écoles, une poste, un restaurant, un centre de soins. Côté voyeur pour touristes ? Eternel Woodstock ? Avec ses cafés, ses boutiques, Christiana est bien la 3ème attraction de Copenhague et compte bien sur le tourisme pour être reconnue.
Une visite guidée avec Hélène Houmdler Schou, responsable des relations publiques, est un bon prétexte pour flâner de cafés en ateliers et déambuler dans une sorte de maquis sauvage. « Pour le moment l'expérience communautaire tient le coup« dit-elle, en vous accueillant au magasin général. Cette femme énergique est tout à fait apte pour vous sélectionner la vis qui manque à votre applique murale ou ressortir au milieu des jouets d'enfants une clé de 8, tout en expliquant qu'au départ l'assainissement du terrain a été un travail énorme.

« Il a fallu, dit-elle, supprimer les pollutions chimiques des bâtiments, vastes hangars où s'entassent les objets utiles pour le quotidien » Langage de pionnière, prête à défricher un grand espace vierge ? Le grand terrain reste intact depuis plus de 30 ans, sinon pour accueillir cet habitat, précaire, dispersé tout autour d'un lac, dont le fond reste pollué par les dépôts de munition de l'armée.

En plein coeur de Copenhague, on découvre donc un ensemble architectural remarquable, avec ces vieux bâtiments militaires du XVIIIème et la plus grande maison à colombages d'Europe du Nord. Christiana est un lieu alternatif avec des cafés, une fabrique de bougies, une forge, un atelier de réparation de ces vélos hyper ergonomiques, où le cycliste pédale en position couchée. On trouve aussi des galeries d'art, un atelier de céramique, des jardins, des vergers, des petites collines boisées et même une discothèque. « Au départ de notre aventure, explique Hélène, « on cherchait un peu de verdure et un espace de jeu pour les enfants ».

Terrain immense, voué à l'expérimentation sociale, Christiana a bien failli sombrer, dans les années 90, à cause d’un sinistre lutte opposant plusieurs groupes de dealers. La police est intervenue, ce jour-là, ajoute Hélène « nous étions devant nos hommes, avec nos enfants, face aux policiers et nous avons réussi à expulser les délinquants, même si le problème des drogues et dealers n'est pas réglé complètement ».

Janus à double face ? Christiana garde encore un esprit bon enfant, mais on sent des tensions sous-jacentes. L'utopie a pris quelques coups. Pour fuir la laideur de constructions monumentales proches, la lubie par exemple d’un riche mécène –l’Opéra de Copenhague-,le piéton ou le cycliste sont les bienvenus à Christiana et peuvent encore serpenter le long de chemins creux et passer devant ces étranges bicoques, où s'accrochent les vélos et les rêves désabusés d'une poignée de taggeurs hip hop et d'adorateurs d'Eric Clapton.

Nuit à Copenhague

« Elle sentait le sel et l’abîme…Le vent apportait des odeurs de goudron, de varech et de pâtisseries… Le grand océan garde les sillages de tous les bateaux. » Belle invitation de Gilles Lapouge à découvrir Copenhague, lorsque la lumière de l’hiver est aussi fine que la soie. Les maisons peintes en rouge et en vert, édifiées autour du vieux port, le Nyhavn, donnent à cette ville un air d’éternel pionnier et les enfants, aux cheveux d’ange jouent les chérubins dans leurs salopettes aux couleurs du fanion national, blanc et rouge.

Dès le jour tombé, parvient de placettes biscornues l’écho de musiques et de voies joyeuses. Ce soir, hommage au dernier contrebassiste attitré d’Oscar Petersen, disparu récemment. Les héritiers du Count Basie Big Band Orchestra enfièvrent l’artère principale de la ville, de rythmes africains-américains. On sent une envie chez ces jeunes musiciens, un désir, un rien qui bouleverse tout, un art de l’envol, pour assurer qu’ils sont bien là pour la relève des Dexter Gordon ou Bill Evans.

Ne musardent plus dans les rues piétonnes que quelques passants enveloppés de brouillard. Le silence s’installe sur les ruelles du centre historique. Dans cette ambiance étrange, de vieux gréements surgissent à la surface des eaux, amarrés au bord d’un canal, creusé jadis pour relier au port la Nouvelle-Place du Roi. Ce cadre fût certainement propice à HC Andersen pour mêler tristesse et cruauté à ses contes. « Regardez là-bas sur la colline un individu dégingandé, son visage est pâle comme celui de Werther. Son nez aussi puissant qu’un canon. Ses yeux sont minuscules comme des petits pois » écrit-il dans son poème Le soir.

Il ne reste que quelques dockers rivés aux tables de rares bistrots enfumés, évoquant le souvenir d’un temps enfui, où ils étaient ici les rois. Peut-être aura –t-on la chance d’écouter les savoureux racontars arctiques de Jorn Riel. Mais l’écrivain voyageur est parti vivre, parait-il, en Asie, chez les Papous menacés de la Nouvelle-Guinée. « Pour se décongeler », dit-il. Quatre heures du matin, les bus ont déjà repris leurs trajets toujours semblables. Le tram se remet en marche, rampe dans les galeries souterraines pour amener à leur travail quelques gens isolés encore tout vêtus de nuit. On sent qu’ils vivent dans un présent amorphe, comme si le monde n’avait jamais existé avant eux. Ont-ils l’air de s’intéresser à quoi que ce soit, qui viendrait rompre la monotonie du quotidien ?

Alchimie danoise

Pour les Danois,le tropisme vers les mers ouvertes est un souci constant et la culture écrit Peter Hoeg dans ses contes de la nuit « est un liquide qui a nécessité l’alchimie d’un siècle entier pour s’épurer. Nous n’avons jamais été fermés. Nous ne craignons pas l’étranger. Nous sommes des citoyens du monde et des européens. Mais nous sommes avant tout danois ».

Le Danemark a-t-il sauvé Louis Ferdinand Céline ? Oui, pas de doute, mais à quel prix ! Dix huit mois de détention. Six années d’un long exil., après 1945. Même s'il reconnaît avoir été entouré dans la jolie ville de Körsor d’une véritable sympathie, qui fut pour lui et sa compagne Lucette un grand réconfort.
Il y a une grandeur et une mélancolie dans cette ville de Copenhague. On peut préférer aux délectations moroses de Kierkegaard les sculptures roboratives de Thorvaldsen, un artiste qui aimait la fête, les femmes et les vins.

Au petit matin, les mouettes gémissent quand elles survolent. la petite Sirène, assisse sur un rocher, un peu perdue au milieu des containers géants. Plus on se rapproche d’elle, plus sa silhouette s’humanise, même si la pâle luminosité donne à son regard un peu de mélancolie. Pourtant, son créateur, le sculpteur Edvard Eriksen avait choisi comme modèle…sa propre épouse.

On dit que le rire de la femme danoise est joli comme un papillon de mai. Hans Christian Andersen aurait bien voulu, connaître le sentiment de l’amour partagé et c’est pour cela que sa sirène n’est pas la même que celle du port de Copenhague. Il ne lui restait que l’humour, le sel de son œuvre, l’antidote de ses amours contrariés et de ses amitiés déçues.

Sa notoriété fût immense. Sa solitude tout autant, même s’il écrira à la fin de sa vie « Je serai un spectre. Au printemps, je refleurirai. Je ne suis pas mort du tout ». Dernier soupir du génial Andersen adressé aux enfants. Pas seulement...

Thierry Quintrie Lamothe

L'auteur, membre de l'Association française des journalistes et écrivains du Tourisme, est docteur en Economie et Droit du tourisme

 
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