Reporters sans frontières:"N'attendez pas qu'on vous prive de l'information pour la défendre"
"Le voyage est un travail et, sans doute aussi, un art. Il n'autorise pas le laisser-aller, mais requiert le meilleur de notre acuité."
Extrait: "Du volcan au chaos, Journal sicilien" d'Edith de la Héronnière, aux éditions Pygmalion:
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LE PAS, par Edith de la Héronnière (*)
Posté le 07 février 2004 à 14:04:50 CET par Rédaction |
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Quand elle observe la Nature, Edith de la Héronnière est à la fois cruelle, tendre, compatissante; il n'y a pas un mot de trop dans son écriture sobre aux images foudroyantes. Quel est le promeneur sensible qui, après avoir lu Le pas, pourra fouler le sol où grouillent tant de vies, sans vouloir réfléchir aux conséquences involontaires de son geste? Cliquez dans la Suite pour goûter ce texte.
Taillée dans un épais caoutchouc à crampons, la semelle foule brutalement la touffe d'herbe poussée, insouciante, dans la fente d'un caillou.
Sous le poids du passant, les tiges frêles se plaquent au sol, s'écrasent la joue contre la rude surface du gneiss et pissent un sang vert. Ce jus de sève assassinée se mêle à la substance d'une coccinelle qui croyait avoir trouvé sur le brin d'herbe une piste d'envol. Il n'y aura plus pour elle de battements d'ailes périlleux.
À quelques millimètres de là, une fourmi remue encore frénétiquement les pattes arrière, tandis que ses avants gisent dans un magma brun. Elle veut poursuivre son invariable route jusqu'à la maison où elle déposera, ridicule Sisyphe, son fardeau. Sa course a été foudroyée, elle se crispe dans un dernier effort pour accomplir sa tâche intemporelle de fourmi noire, puis elle meurt sans le savoir.
Déjà loin, inconscient des dégâts, le marcheur presse le pas, laissant à chaque coup de reins deux champs de bataille aux frontières de semelles.
Derrière ce naïf Attila, l'herbe ne repoussera pas, ou du moins pas tout de suite. La coccinelle ne renaîtra pas de ses cendres rouges à pois noirs et longtemps les fourmis dévieront de leur voie pour éviter, d'instinct, le terrain dévasté.
Pourtant, dans son travail d'écrasement, le pas a fendu contre le roc l'imperceptible graine d'où les pluies de printemps feront naître une crételle des prés.
(*)© Edith de la Héronnière, "Guerres", Editions Arfuyen, Paris. La couverture du livre est l'oeuvre du peintre Sybille Friedel
Merci à l'auteur et son éditeur pour leur autorisation de publier ce texte tiré d'un recueil roboratif de 21 ciselures à méditer, la nuit, avant de s'endormir.
Ecrivain, philosophe, traductrice, , Edith de la Héronnière, familière de Vezelay, accomplit même à pied le pélerinage de Compostelle, qui a marqué la naissance d'un projet littéraire dont la première étape fut la publication de la La Ballade des pélerins par le Mercure de France.
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